Dessins

« D’une tache rapide dont l’encre s’infiltre, court, se disperse dans le derme du papier, Stéphanie Mansy fait surgir un microcosme délicat peuplé de frêles traits répétés qui, tels des lichens prolifèrent dans l’espace du dessin.

Les œuvres de Stéphanie Mansy sont colonisées par des excroissances organiques ; sortes de pétales, de filaments ou de spores qui s’auto-génèrent si bien que leurs expansions semblent être encore à l’œuvre. Il en résulte un jeu entre l’abstraction diffuse des taches d’encre et la densité graphique de ses « reprises » végétales qui viennent comme rejouer le mécanisme d’extension du lavis. En confrontant ces taches à des structures organiques en expansion et également à des éléments familiers ; échelles de chantier, fragments de corps, patrons de vêtements, Stéphanie Mansy approche le souvenir comme un espace où coexistent différents espace-temps, où se mêlent le flou et les détails persistants, où cohabitent différents milieux d’une étrangeté parfois inquiétante.

La frontière entre les différents traitements que l’artiste fait subir aux images qu’elle crée est mince. Bien souvent les différents espaces, qu’ils soient générés par le lavis, la gravure, le dessin à la plume, à la mine ou encore au feutre, se tutoient, voire se recouvrent, troublant ainsi les frontières entre les matières. Entre les apparitions diffuses qui surgissent des taches aléatoires et les détails délicats qui, compulsivement répétés, viennent s’y greffer, la compréhension du dessin se modèle en fonction de notre distance ou de notre proximité avec lui.

Les dessins de Stéphanie Mansy semblent être comme laissés en suspens dans un espace intermédiaire comme si ses interventions à la surface de la feuille pouvaient encore, grâce à l’exercice du temps, en métamorphoser l’apparence. »

Élisabeth Piot
Maître de conférence, Université de Picardie Jules Verne

Art imprimé

« Stéphanie Mansy traverse le paysage à la recherche des événements de surfaces et autres symptômes qui manifestent ce qui s’y passe en profondeur, qui témoignent d’une histoire, d’un vécu de l’espace. Issues de son expérience des paysages des Hauts-de France, les œuvres du cycle intitulé Souffle(s) présentées pour la Triennale de Gravure de Liège, entremêlent le dessin et la cartographie, pour retranscrire les déambulations de l’artiste dans ces espaces formés par les explosions et autres manifestations d’un territoire qui fut en guerre. Cependant, comparables à des irruptions, des geysers, les formes créées par l’artiste nous renvoient à une histoire bien plus vaste : celle de l’émergence des prémices organiques nécessaires à la vie. Pour saisir ces énergies constituantes du monde, c’est le bruit et la respiration de ces métamorphoses de l’espace que Stéphanie Mansy retient. Entre concentration et expansion, ses dessins s’apparentent à des actions performatives où le geste pérennisé à la surface du papier se fait vecteur d’une énergie manifeste. »

Élisabeth Piot
Maître de conférence, Université de Picardie Jules Verne